Colocation entre femmes : la sororité qui invente d’autres façons de vivre ensemble
Par Florence et Coralie, le
La colocation entre femmes après 50 ans, ce n’est pas un plan B pour éviter la solitude : c’est une envie qui monte, celle de vivre entourée des siennes sans renoncer à son chez-soi. Des amies qui habitent le même immeuble, une maison pensée pour et par des femmes, un collectif qui a mis des années à trouver son toit : partout, la même idée revient.
Vieillir, oui, mais ensemble, et à nos conditions. Voici ce qui existe vraiment, ce qui a mis des années à voir le jour, et par où regarder si l’idée te titille.
Ce qu’il faut retenir
- La colocation entre femmes recouvre des réalités très différentes : des amies voisines, un habitat participatif, un collectif qui a mis des années à trouver son logement.
- La Maison d’Isis, à Montauban, est passée du projet à la réalité : une association née en 2016, dont les membres ont reçu les clés de leur résidence en juillet 2025.
- La Maison des Babayagas, à Montreuil, existe depuis 2012, mais sa non-mixité d’origine a été assouplie : 21 logements pour des femmes de plus de 60 ans, 4 pour de jeunes adultes.
- L’Oasis de Saint-Priest, inaugurée fin 2021, est un habitat participatif réalisé, inspiré des Babayagas.
- Vivre en institution reste rare avant un grand âge : en 2018, à 80 ans, 96 % des personnes habitaient encore chez elles ou chez un proche.
Une idée qui séduit
Partir à deux, à trois, à dix, vivre côte à côte sans se marcher dessus : l’idée fait sourire, et elle revient de plus en plus souvent dans les conversations entre amies. On en parle au dîner, on en rêve à voix haute, on se dit « et si on finissait toutes dans la même rue ? ».
Ce désir n’a rien d’un caprice. Il prolonge un mouvement de fond que racontent ce que disent les chiffres : des millions de femmes d’au moins 50 ans ne vivent pas en couple, et beaucoup n’y voient pas une défaite mais une vie à elles. La colocation entre femmes est l’étape d’après : garder sa liberté, et choisir sa compagnie.
Vivre entre femmes, ce n’est pas se replier. C’est décider qui on veut à côté de soi le matin.
Cette envie se décline déjà de mille façons, des cercles, week-ends, voyages jusqu’aux projets d’habitat partagé. La bande, parfois, finit par vouloir le même palier.
La Maison d’Isis à Montauban : le projet est devenu un lieu
À Montauban, une poignée de femmes porte cette idée depuis longtemps. Elles ont fondé en 2016 l’association La Maison d’Isis, avec une intention claire : habiter proches les unes des autres, chacune dans son logement, près du centre-ville, pour rester autonomes et s’épauler au quotidien.
Ce chemin a été long. En 2022, la présidente, Ginette Pondarrasse (75 ans à l’époque), résumait des années de démarches par une phrase sans détour : « nous en sommes toujours au même point ». Trouver un immeuble adapté, abordable, bien placé, et faire tenir le montage, cela prend du temps, parfois beaucoup. Puis, en 2025, les clés : les membres ont reçu les leurs le 9 juillet 2025 et ont emménagé dans la résidence Montalba, à quelques pas du centre-ville. Elles ont entre 57 et 87 ans, et un couple a aussi son appartement : ce n’est donc pas un lieu réservé aux femmes.1
Un projet qui met des années à naître n’est pas un projet raté. C’est un projet exigeant.
Leur modèle avoué, c’est la Maison des Babayagas de Montreuil. Ce qui rend la Maison d’Isis précieuse à raconter, c’est l’entêtement joyeux d’une dizaine de femmes qui ont refusé de laisser le hasard décider de leurs vieux jours, et qui ont fini par avoir leurs clés.
Les Babayagas : ce qui existe déjà
Quand on cherche un exemple réalisé, on tombe vite sur les Babayagas. Le mot, emprunté à la sorcière des contes slaves, désigne un mouvement de femmes qui ont voulu inventer une autre façon de vieillir, debout et ensemble.
Montreuil, la maison de Thérèse Clerc
La plus connue est née à Montreuil, portée par la militante féministe Thérèse Clerc (1927-2016) après une quinzaine d’années de combat. Le bâtiment a ouvert en 2012 et a été inauguré le 28 février 2013.
Un point mérite d’être dit, parce qu’il est souvent oublié : la maison avait été pensée non mixte, réservée à des femmes âgées autonomes. La non-mixité a ensuite été assouplie : sur 25 logements sociaux, 21 sont réservés à des femmes de plus de 60 ans et 4 à de jeunes adultes, pour la mixité entre générations. Le lieu reste pourtant une « maison de femmes » dans son esprit et son histoire. L’idéal a un peu plié devant les règles du logement social, mais il a laissé une trace, et des héritières.2
L’Oasis de Saint-Priest
Près de Lyon, à Saint-Priest, la résidence Oasis a été inaugurée en novembre 2021 par le bailleur Est Métropole Habitat. Elle compte quarante logements, dont vingt liés à l’association Oasis des Babayagas, et une salle commune. C’est un habitat participatif, non médicalisé, pour des seniors seuls, essentiellement des femmes.3
De Montreuil à Saint-Priest, le fil ne se rompt pas : des femmes qui veulent décider elles-mêmes de leur toit.
Voilà la nuance utile : les Babayagas ne sont pas un modèle unique et figé, mais une filiation. Chaque projet compose avec le terrain, le financement, les règles. Aucun n’est une colocation entre femmes au sens strict, mais tous partent de la même intuition.
Ce que ça change au quotidien
L’intérêt de ces formules tient en trois mots : présence, entraide, indépendance. On a sa porte, sa clé, ses horaires, et en même temps quelqu’un à qui laisser le chat, avec qui partager un repas, qu’on entend bouger à l’étage. Ni la solitude d’un logement isolé, ni la vie en collectivité d’une institution.
Car l’institution, justement, arrive bien plus tard qu’on ne l’imagine. En 2018, à 80 ans, 96 % des personnes habitaient encore à domicile, chez elles ou chez un proche. L’Ehpad n’est pas l’horizon par défaut de la cinquantaine ou de la soixantaine : c’est une rare éventualité du grand âge. Inventer d’autres façons de vivre ensemble, ce n’est donc pas fuir une menace imminente, c’est dessiner les décennies d’avant.4

La solitude, elle, peut exister à tout âge, dans un studio comme dans un couple. Vivre entre amies n’est pas un remède qu’on s’administre : c’est un plaisir qu’on s’offre, celui d’une porte qui s’ouvre sans qu’on ait à sonner.
Et si cette idée de « choisir les siens » résonnait plus loin que l’habitat ? Le quiz de Boom-Boom Rencontres pose la question avec le sourire : l’homme de ta vie pourrait-il être une femme ? Six questions, à ton rythme.
Par où commencer, sans se raconter d’histoires
Entre l’envie et les clés, il y a un chemin, et mieux vaut le savoir. L’exemple de la Maison d’Isis le montre : trouver le bon lieu peut prendre des années. Ce n’est pas décourageant, c’est réaliste, et la Maison d’Isis a fini par y arriver.
Quelques repères simples, sans promesse que nous ne pourrions pas tenir. Commence par la conversation : qui, vraiment, serait partante, et pour quel degré de partage, du simple voisinage à la vie quasi commune. Beaucoup de projets avancent d’abord en association, comme à Montauban, pour porter l’idée à plusieurs voix. Et pour le volet concret, bail, statut, financement, ces questions se tranchent avec des gens dont c’est le métier, pas sur un blog : bailleurs, notaires, structures d’habitat participatif.
La bonne première pierre, ce n’est pas un contrat. C’est une discussion franche entre amies.
L’essentiel tient peut-être dans l’ordre des choses : d’abord l’envie et les personnes, ensuite les murs.
La sororité sans fermer aucune porte
Vivre entre femmes n’oblige à renoncer à rien. Ni à l’amour, ni aux amitiés d’avant, ni aux hommes dans sa vie. La sororité n’est pas une clôture, c’est un point d’appui : un lieu, réel ou rêvé, où l’on sait qu’on compte pour d’autres.
C’est aussi un accueil large. Une maison de femmes qui invente sa façon de vivre ensemble n’a pas vocation à trier les femmes entre elles, ni à exclure qui que ce soit de ce qu’il est. L’esprit des Babayagas, à l’origine, c’était l’autonomie et la solidarité, pas la frontière.
Chez Boom-Boom Rencontres, nous faisons le même pari : un lieu entre femmes où chacune vient chercher ce dont elle a envie, amitié, sororité, âme sœur, grand amour. La colocation entre femmes est une des formes de cette envie, parmi d’autres.
Et le désir dans tout ça ?
On parle toit, voisinage, salle commune, et on oublie parfois le principal : on reste des femmes qui désirent. Partager un palier avec des amies ne range pas le désir au placard, il arrive qu’il le réveille.
Car à force de vivre entourée de femmes, certaines se surprennent d’un trouble inattendu, cette curiosité dont on parle peu. Rien n’oblige à y mettre un nom, et le mot, si un jour tu en veux un, c’est toi qui le choisis. Vivre entre femmes et aimer une femme sont deux histoires distinctes, parfois elles se croisent, souvent non, et c’est très bien ainsi.
Et toi, avec qui aurais-tu envie de vivre ?
Les exemples sont rares, les projets lents, les modèles imparfaits. Et pourtant l’idée tient debout, parce qu’elle part d’un désir simple : ne pas laisser le hasard décider de qui on a autour de soi.
Peut-être rêves-tu d’un immeuble d’amies, peut-être juste d’une voisine complice, peut-être d’autre chose encore que tu n’oses pas formuler. Le quiz est une manière douce de commencer à t’écouter, sans étiquette et sans engagement : l’homme de ta vie pourrait-il être une femme ?